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Last day of your life

Last Day Of Your Life

 

Août 2006
Boston, USA

 

Si vous croyez que les êtres s’adaptent à la pénombre, vous avez tort.

Et depuis ce moment entre tous qui me rapproche de la réalité, je n’ai pas pu affronter la lumière, je n’ai pas pu relever la tête et affronter les yeux larmoyants de ceux qui venaient dans leur grande bonté réconforter la femme recroquevillée sur elle-même dans le noir. Aucun mot n’a sa place dans mon antre, juste le silence et les souvenirs ; ceux du départ et de l’absence, et maintenant les images chimériques que j’aurais voulu voir naître, notre retour, son sourire, cette promesse de ne plus jamais repartir, ce désir, ce besoin ultime de ne reformer plus qu’une seule et même effluve, des espoirs bafoués, sans rédemption, des échos qui ne vivront jamais, et la mort dans sa macabre danse me les avait arrachés…

La sonnerie stridente du téléphone ne m’ébranle pas, je reste toujours immobile fixée sur le rayon de lumière qui s’échappe de la fenêtre barricadée, les mouvements de la maisonnée me semble lointain, et dans ma robe noire de circonstance j’attends l’immanquable instant de l’adieu ; ce moment entre deux mondes où la vérité se fait entière, il n’y aura plus jamais d’étreinte, plus jamais de promesses, il n’y aura que des réminiscences, des clichés au fond d’une boite que le temps jaunira, il n’y aura plus que les souvenirs teintés par le désespoir, et ce deuil si terrible qu’il faut accomplir, pas à pas pour respirer, pour continuer à expirer, ce combat instable dans la solitude, dans l’irréparable solitude de la mort, ce creux dans la poitrine que personne ne relève, gravé dans l’éternité.

Je me lève soudain pour gagner la fenêtre, à l’extérieur de la maison dans la douceur de l’été, le drapeau accroché à ma balustrade se balance, s’envole et se replie comme les soldats que nous avons envoyés au front, et tandis que des étoiles apparaissent aux fenêtres voisines, signe de la mort de leurs héros, je me refuse à apposer la sienne. Les voitures se garent lentement sur le bas coté et je peux apercevoir tous ces visages familiers tenter une approche dans l’allée, ils sont tous là, engoncés dans leurs habits noirs, le visage fermé et quand ils lèvent les yeux vers la fenêtre je recule brusquement, leur présence attise la douleur violente de l’absence, de la réalité pesante, et je ne voulais pas les approcher, je ne voulais pas les toucher, sentir leur peaux brûlante de vie, leurs voix douces et chantantes, je ne pouvais entendre que les déflagrations des bombes, les cris dans la pénombre, je n’avais pas quitté l’Iraq, j’y vivais toujours, dans leur réalité, dans leur massacre et le sang qui coulait pouvait être le mien, celui de Pacey et de ceux que nous avions laissé, ce sang qui coulait entre mes mots, si terrifiant qu’il en torturait le sens, je n’avais plus rien à dire, je ne pouvais plus rien analyser, j’étais perdue dans un antre, dans une montagne lointaine, et j’avais le sentiment de porter ce lourd fusil entre mes mains frêles alors que je ne faisais que tourner mon alliance à mon doigt sans avoir le courage de la faire glisser irrémédiablement…

Quand la porte s’entrebâilla, je fermais les yeux. Sa voix me parvint comme dans un rêve, douce et presque imperceptible dans mon propre enfer, et je le sentit s’approcher dans un bruissement, sa main se posa sur ma peau glaciale, et pourtant je me sentais étrangère à lui, mon meilleur ami, mon soutient dans les épreuves était devenu une ombre, un fantôme, et quand je le fixais enfin, il me semblait traverser son essence, me perdre dans son regard sans en saisir le sens, juste au son de sa voix, aux expressions de son visage je ressentais l’agonie du renoncement…

-Ne restes pas ici seule Joey, murmura t-il contre mon oreille, et je resserrais mes mains contre mon corps.

-Tu ne peux rien faire pour moi Dawson ; tu n’as pas ce pouvoir là.

-Je sais ce que tu ressens.

-Merci, mais je n’ai pas besoin d’entendre cela, vous savez ? Non. Laissez-moi seule.

-Tu vas te détruire.

-Il n’y a plus rien à détruire, tout est déjà mort. Je ne dors plus, je ne mange plus, je ne fais que voir tout ce sang, cette vie qui m’échappe et rien ne pourra me sauver… Cette fois ci tu ne peux pas jouer au chevalier.

-L’enterrement est à 15H, conclut-il en reculant et je hochais la tête.

Il épia la chambre dans l’ombre, les placards de vêtements ouverts, les photographies éparpillées sur le couvre lit, les petites médailles qui reposaient sur la table de chevet, et son soupir me déchira le cœur, plus que toutes mes nuits torturées, et je tendis la main vers lui avec un sourire las.

-Je descends, fis-je dans un souffle et il me tourna le dos pour refermer la porte derrière lui sans un bruit.

Je restais au milieu de la pièce, dans l’attente d’un signe, de ce quelque chose qui continuait à brûler mes entrailles, le courage de descendre cet escalier, d’affronter le regard de nos amis, de nos alliés dans la guerre, ceux qui avaient pu quitter la nuit pour affronter la réalité du retour, les blessures de l’impuissance, et je baissais la tête pour dissimuler mes larmes au silence.

-Pourquoi m’as-tu abandonné ici…

Je ressentais à nouveau la chaleur de l’été brûlant de l’autre coté du monde, le sable qui s’engouffrait dans mes vêtements, les nuits glaciales que je passais entourée de mourants, et dans mon souvenir les voix se faisaient de plus en plus fortes, les cris de plus en plus puissants, je me revoyais dans cette blouse blanche que j’avais appris à abhorrer, un fusil à la main pour défendre ce qu’il restait de nos vies, de nos espoirs de rédemption, et dans cette erreur commune nous nous étions perdus, je l’avais perdu, je l’avais abandonné à la mort, au sang, et aucun de mes mots ne pouvaient combattre le mauvais sort, je ne pouvais plus soigner personne, pas même mon cœur qui se mourrait d’avoir échoué, d’avoir laissé mourir celui pour qui j’aurai dû apposer mon étoile, nous étions partis ensemble, et le vide me déchirait littéralement, je revenais pour l’enterrer…

Dans le salon, le rassemblement de nos proches me semblait presque incongru, et je m’attendais à le voir surgir de la cuisine avec quelques bouteilles de bons vins ; mais le silence m’accueillit, une sorte de discours muet que personne ne voulait prononcer. Et Dawson m’offrit son bras pour sortir, je le laissais m’emporter vers le cimetière, car il n’y avait plus aucun doute à présent ; tout était fini. J’oubliais tout le reste ; je ne pouvais plus le voir ; entendre sa voix ou son rire ; je ne pouvais plus espérer vieillir à ses coté, il n’y aura pas de nouvelle chance, de rédemption surprise, il n’y aura plus que l’absence ; je vivrais dans cet éternité avec son dernier reflet, la dernière fois où nos yeux se sont croisés, le dernier instant avant le dernier souffle…

Et si d’autres pleurs vinrent habiter l’air brûlant, je ne les remarquais pas, je ne vivais pas la peine des autres, juste la mienne, au plus profond de mon être sans qu’une seule larme ne coule devant le cercueil ; mes yeux restèrent secs et les murmures de la foule m’indifférait ; j’étais seule face à ma propre mort, mon propre renoncement, et tandis que le prêtre égrenait son discours insipide sur le courage et la vie exceptionnel du défunt comme il le nommait, je laissais mon esprit voguer, j’imaginais un autre monde où rien n’aurait pu nous ébranler, où nous aurions été invulnérables, invincibles dans notre jeunesse, pour toujours sans fausses notes, à jamais dans une mélodie indivisible ; et un sourire devait habiter mes lèvres pâles à cet instant avant de s’évanouir au premier coup de pelle, la première poignée de terre sur la mort, sur le cercueil, cet écho qui emplira mes rêves, qui me fera trembler dans mes prochaines pénombres. Au loin, des dizaines de drapeaux jouaient leur danse funèbre, et je ne vis même pas le soldat qui s’approchait pour me remettre le notre, notre drapeau de la défaite ; et ce fut Dawson qui l’attrapa. Il me tenait toujours comme si il craignait que je ne m’envole, que le vent m’emporte et je pouvais sentir le tremblement frénétique de sa main brûlante sur mon bras. Je ne m’approchais pas pour la poignée de terre symbolique, je n’ensevelissais rien, dans ma mémoire il est intact, dans mon imaginaire il vivait et ce que j’abandonnais ici sous la terre ne pouvait pas m’achever, je continuais de le faire vivre en moi, de l’accompagner dans ses rêves de liberté volés, je restais sa femme et au milieu de tout cela, il y avait le déni, la peur, la tristesse, la culpabilité ; sans acceptation. Et je ne pouvais pas y survivre.

Je restais longtemps devant le trou béant ; tandis que la terre lui bouchait le ciel, et je comptais le nombre de pelletées méthodiquement, jusqu'à ce qu’il fut totalement recouvert et que je n’eu plus aucune raison de rester dans ce cimetière. Le vent s’engouffrait sous ma robe, me faisait frissonner, et sur un banc à l’arrière, Dawson était installé, les mains sur les genoux, dans une parfaite maîtrise de lui-même, Jen attendait aux coté de Jack, et dans ce tableau singulier il manquait leur ami d’enfance, le notre, celui qui était devenu mon allié le plus cher, mon amour le plus fulgurant, ma seul et unique raison de respirer. Je levais les yeux au ciel, et l’insolent soleil d’août me transperçait encore malgré la brise, le monde continuait à tourner, et quelque part de l’autre coté de l’atlantique il y avait encore des hommes qui se battaient pour cette cause qui avait vu mourir mon amour ; il y avait d’autres médecins que moi qui soignaient leurs blessures et je ne me sentais plus indispensable à personne, je n’étais indispensable qu’a son ombre qui s’éloignait, qui désertait ma vie et mes rêves, je ne voyais dans mes songes que son visage en sang et le dernier coup de fusil.

Je me détournais de la tombe et tandis que je marchais dans l’allée sans jeter un dernier regard à la plaque qui portait désormais son nom et les dates qui délimitait sa vie, je sombrais dans mes souvenirs, je m’y perdais, c’était irrémédiable, c’était ma punition, mon enfer quotidien, mon monde…

 

* *

*

 

Juillet 2006
Bagdad ; Iraq

 

Dans la ville en souffrance ; je pouvais presque ressentir ce besoin ultime de prière, implorer la paix et le pardon pour nos méprises à ce Dieu que j’avais si longtemps ignoré, et ils remontaient tous la route vers le campement, leur paquetages en équilibre, leurs fusils en bandoulière, le visage abîmé par le soleil, rougi par le sable envahissant, aucune parole, aucun chant de victoire n’animait les troupes, et à chaque retour je délaissais les blessés dans les tentes pour l’attendre, une main en visière pour me protéger des rayons du soleil couchant, et je le voyais toujours revenir sur ses pas, effacer son air sombre et sourire à ma vue. Tous les jours, sauf celui-ci. Il n’était pas dans les rangs, personne n’osait me regarder, personne n’osait prononcer un seul mot dans le silence prenant des tempêtes à venir, et soudain je le vis, allongé sur une civière de fortune, deux couvertures réunies pour le porter dans son délire, dans son agonie, et je me précipitais entre les rangs, bousculant les soldats qui ouvraient un chemin vers lui, ses yeux clos me firent trembler, l’imperceptible souffle qui s’échappait de ses lèvres bousculait mon monde, et ils l’entraînèrent dans les tentes et il émit enfin soupir douloureux quand son corps toucha le matelas rigide.

-Docteur ? Entendis-je au loin mais je me détournais.

-Qu’est-il arrivé ? Demandais-je dans un souffle et je me penchais sur son visage pâle, les blessures sur son visage et le son si frêle de son pouls.

-Une embuscade, répondit un soldat dans la foule, ils nous sont tombés dessus et nous n’avons rien vu venir, c’était il y a 3 heures…

Un cri m’échappa quand je soulevais son tee shirt ; des dizaines d’entailles lui barraient le torse, le sang séchait sur sa peau nue, et je donnais toutes sortes d’ordres aux infirmières dans la panique, sans même penser un seul instant à ce que je pouvais ressentir, je n’avais plus le temps, nous n’avions plus le temps…

Au loin les bruits d’une autre bataille nous ébranla, mais je ne pensais qu’à la notre, notre bataille contre la mort et tandis que je lui appliquais un masque à oxygène sur le visage, je laissais ma main enserrer la sienne, c’était une fin inévitable pour nous tous, nous étions voués à la connaître un jour, la fuite ou la mort, il n’y avait rien d’autre pour nous dans ses terres, et j’avais redouté cet instant depuis le premier jour, ce jour où j’avais renoncé à ma vie tranquille pour le suivre dans sa guerre, pour l’aider et l’épauler, pour soigner ses blessures et écouter ses plaintes, je ne voulais pas l’abandonner dans son enfer et il était devenu le mien, mes cauchemars et mes désespoirs, sans limite nous avancions, dans la terreur et dans la crainte qu’une seule et unique balle perdue nous ravissent la chance de revoir la lumière… Et j’essuyais le sang, désinfectait les plaies, pour en trouver d’autres qui le vidait de son sang, de son oxygène sans que je ne puisse rien faire, sans que je ne puisse lui donner le mien, et à ce moment là je sentis l’éclat obsédant de ses prunelles sur mon visage, il m’observait m’agiter au dessus de son corps mort, et il attrapa ma main avec force. Les hommes autour de nous restèrent silencieux, et au loin d’autres mourraient sans que mon cœur ne défaille, et je me penchais pour lui caresser les cheveux, pour l’apaiser, et ses lèvres blessées laissèrent échapper son souffle faible…

-Relève toi Joey Potter, murmura t-il, je vais bien.

-Foutaises ! Fis-je en voulant plaisanter.

-Je suis invincible, ils ne peuvent pas m’abattre.

-Tais toi donc, m’écriais-je et il ébaucha un vague sourire qui se transforma en grimace.

Je me relevais pour m’essuyer les mains et laissais une infirmière panser ses plaies sanguinolentes. Le bruit des explosions faisait trembler le sol mais j’avais appris à vivre avec, même lors de mes nuits sans sommeil je les occultais, je n’avais qu’une mission ici, réparer les erreurs des hommes et leur permettre de se relever, et il n’y aura aucune médaille pour tout cela, et je n’en demandais pas, je voulais juste la fin de leurs atrocités, je voulais juste revoir mon pays et construire mon avenir.

-Il y a eu des embuscades toute la journée, je ne sais pas ce qui se passe mais nous sommes en danger, me dit l’un des soldats après m’avoir entraîné dans un coin sombre loin des oreilles de Pacey. Va-t-il s’en sortir ?

-Je ne sais pas, murmurais-je, il est fort…Mais pas invincible.

-Je suis désolé de ne pas l’avoir ramené plus tôt, nous avons laissés nos morts là-bas. Nous n’avons pas eu le choix.

-De quel danger parlez-vous ? Ils pourraient attaquer nos camps ?

-Ils pourraient faire bien pire que d’achever des blessés condamnés. Nous allons veiller toute la nuit sur le campement Docteur, ne vous inquiétez pas. Soignez-le ; c’est lui notre guide…

-C’est aussi le mien, fis-je et Josh hocha la tête.

Je ne devais connaître que son prénom, celui qui figurait sur sa plaque au lendemain de sa mort, au lendemain de nos renoncements, et ce ne fut plus que des visages dans l’ombre, des identités perdues, je ne m’attachais pas à eux, je ne pouvais pas survivre à tout, et leurs histoires se mêlaient à la mienne, si intrinsèquement liés que leur perte entraînera la mienne, et au fond de ma mémoire il restait toujours quelques effluves de leurs passages, quelques paroles prononcées, leur dernier souffle et le mien.

J’abandonnais Josh dans l’ombre et je rejoignis Pacey sur sa civière. Il m’attendait les yeux ouverts, un sourire insolent accroché aux lèvres et je ne pouvais empêcher mes mains de trembler, je cherchais mon fusil des yeux, juste au cas où ils souhaitent franchir nos frontières et détruire nos vies.

-Tu vois Potter, tu es toujours trop prudente, trop rationnelle. Ce ne sont pas ces misérables coupures qui vont me tuer.

-Te rappelles-tu de notre mariage ? Ce jour là, j’ai abandonné mon patronyme légendaire.

-Pour moi tu seras toujours la petite gamine qui m’exaspérait, Joey Potter dans toute sa splendeur…Mais tu es a moi pour toujours, dit-il en embrassant ma main solidement ancrée à la sienne. Jusqu'à la fin…

Et tandis qu’il prononçait ses mots, je pouvais entre apercevoir cette fin qui nous traquait, qui nous poursuivait ici dans l’enfer de la guerre des hommes, aucune reconstruction pour les blessés de l’âme, aucune médaille pour les efforts des désespérés, et la nuit nous envahis soudain, laissant les cris aux portes de la ville, pour quelques heures de répit avant une nouvelle bataille.

-Je vais déjà mieux ; je peux reprendre mon fusil dans quelques jours.

-Non ! Je te l’interdis. Tu vas rester ici au moins une semaine.

-Tu es sûr que tu n’outrepasses pas tes droits de médecin en chef de cette unité Potter ?

-Tu as besoin de repos tout simplement.

-Tu veux juste m’avoir sous la main au cas où, fit-il avec un clin d’œil et j’abandonnais mes instruments pour me coucher péniblement à ses cotés sur l’étroit lit maculé de sang séché.

-Exactement, je n’en peux plus de cette guerre…

-Quelques mois Joey…Je ne peux pas les abandonner.

-Moi non plus, mais qui nous sauvera nous ? Demandais-je et ses lèvres effleurèrent mon front moite malgré l’air sec de la nuit.

-Moi, je ne suis pas prêt à mourir, et nous rentrerons…Je veux juste faire mon devoir. Tu aurais pu m’attendre à Boston.

-Et me ronger les sangs tous les jours sans savoir où tu es et ce que tu fais ? Au moins ici, je suis proche de toi, je ne te quitte pas…

-Aux USA je n’aurais pas eu à m’inquiéter pour toi Potter, dit-il en fronçant les sourcils.

-Tu n’as pas besoin de t’inquiéter, je sais tenir un fusil, et qui attaquerait une bande de femmes en blouse blanche qui tentent vainement de sauver le monde entier ?

-Tu sous estime la perfidie de la guerre mon ange, s’exclama t-il, ils s’attaqueraient à un village emplie de femmes et d’enfants, et c’est déjà le cas.

-Je peux me défendre Pacey, occupe toi de tes blessures plutôt que de ma capacité à appuyer sur la détente.

-Tu ne changeras jamais !

-Non et tu ferais mieux de t’y habituer. Tu resteras ici jusqu'à mercredi, et comme punition je viendrais dormir avec toi toutes les nuits.

-Il nous faudra un coin plus tranquille, j’ai l’impression d’être dans une basse cour.

-Espèce d’ingrat !

Je jetais un coup d’œil aux autres blessés, et bientôt le silence s’installa. Pacey s’était endormi et je restais immobile au milieu de la tente, écoutant sa respiration régulière qui sonnait comme une berceuse entre nous, dans notre peur commune de ne pas pouvoir vaincre le destin. Et je sortis lentement pour scruter le paysage, retrouvant les soldats devant un petit feu de bois, cigarette à la main, racontant leur souvenirs, les effluves de leurs vies et je décidais de m’y joindre un instant, pour retrouver la sensation de vivre, d’être dans la réalité du monde et non perdue au milieu des montages dans un antre en apparence inaccessible qu’ils n’allaient pas tarder à faire tomber.

-Comment vas t-il ? Me demanda instantanément Josh en me voyant m’assoire.

-Il devait aller mieux dès demain. Nous avons endigué le sang, mais il restera ici jusqu'à la semaine prochaine, je ne veux pas prendre de risques…

-Il a de la chance de vous avoir.

-C’est moi qui ai de la chance de pouvoir être ici avec lui. Vous êtes marié ?

-Oui, et je ne l’ai pas vu depuis si longtemps que je me demande encore si elle m’attend, les lettres ne me suffisent plus, je pense que personne ne peux s’en contenter, dit-il en me proposant une cigarette que j’acceptais en haussant les épaules.

- Où en sommes-nous dans cette guerre ?

-Nulle part Madame ; dans le trou du monde tout simplement. Et il faut espérer en sortir un jour. Ils sont de plus en plus féroces, de plus en plus anti américains et je ne peux décidément pas leur en vouloir. Nous ne sommes pas chez nous…Nous ne dictons aucune règle. Et il faut que cela cesse. Vous entendez ces explosions ? Elles se rapprochent parce qu’ils gagnent du terrain sur nous ; ils se moquent de leurs hommes, de leur population, ils font sauter des immeubles, des voitures piégés un peu partout, ils font ce que nous ne faisons pas, ils ignorent l’humanité et ils gagneront.

Je regardais son visage s’animer, la colère lui rongeait les prunelles et entre ma main la cigarette se consumait sans que je n’en tire une seule bouffée, les lueurs de la nuit envahissait le ciel, cachant les étoiles à notre vue, et les bruits que j’avais occultés depuis des mois se rappelait à mon souvenir, comme mes premières nuits dans le désert à la recherche d’une quête noble ; et je n’étais pas une héroïne, je ne voulais pas le devenir, l’ombre me convenait,  j’avais le sentiment d’avancer en même temps que ces hommes vers un enfer sans échappatoire, des limbes pour ceux qui n’avaient pas encore achevés leur tâche et enfin je tirais sur la cigarette consumée, les yeux tournés vers le feu hurlant qui se dirigeait vers nous.

-Vous devriez rentrer et dormir un peu ; nous allons veiller jusqu’au matin et ensuite nous repartirons. Le Lieutenant Witter nous rejoindra plus tard…

-Oui, plus tard, fis-je et je les abandonnais à leur ronde du souvenir, leurs visages dansant dans les flammes comme une sombre prémonition.

Je retrouvais la tente éclairée par des bougies vacillantes, et j’enfilais un gilet avant de me glisser près de Pacey sans l’éveiller, collant mon corps au sien, profitant de sa chaleur et de son odeur. Cette nuit là, je m’endormi le sourire aux lèvres, le premier depuis des mois, le premier depuis une éternité et il me semblait que plus jamais je ne pourrais ressentir cela, la sérénité, le calme avant la tempête et si seulement j’avais pu prévoir le drame, si seulement j’avais pu l’entraîner ailleurs, fuir sur un autre versant de la montagne, vers l’ambassade ou nous aurions été en sécurité mais je ne pouvais pas savoir qu’au dehors les feux qui nous scrutait s’avançaient, menaçants, prêt à tout détruire sur leur passage…

Un cri ébranla notre quiétude et en quelques secondes nous étions assaillis, de la fumée pénétrait la tente, les battants crépitaient, les déflagrations pleuvaient et j’entendais les voix de ceux qui étaient censés garder notre antre à l’abri de la mort, trop peu nombreux pour faire face à la horde qui s’abattait, ils tombaient, impuissants u sol, les yeux au ciel, criblés d’étoiles vaines. Les femmes s’affolaient, couraient dans tous les sens, et je sautais au bas du lit pour saisir mon fusil, guettant les ombres qui tournaient autour de la tente, jetant des fumigènes dans les fissures. Pacey s’éveilla soudain les yeux exorbités, il se leva sans plus ressentir la douleur et m’agrippa les mains, cherchant une sortie à cet enfer, ils nous enfermaient, nous encerclaient, il n’y avait pas d’issue, aucun espoir, l’air devenait irrespirable, et les pleurs affolés me donnaient le tournis, je maintenait le fusil contre mon corps, les hommes tentait tant bien que mal de mettre un pied au sol et une infirmière nous jeta des masques à gaz, certains restaient allongés, concentrés sur le plafond flottant qui s’embrasait, j’avais les poumons en feux et soudain le battant principal s’ouvrit, les voix des inconnus nous parvinrent, et dans la fumée ils étaient à peine visible, juste des ombres qui pointaient vers nous des fusils chargé et prêt à donner la mort. Pacey me repoussa en arrière, faisant barrage avec son corps, mais il n’avait rien, aucun fusil, juste un couteau dans sa botte droite, nous étions démunis, des femmes et des blessés, des horreurs irréparables et quand ils se mirent à tirer au hasard sans nous distinguer je chargeais l’arme, lançant mes balles dans l’air en priant pour qu’elles transpercent des chairs, eux ou nous, la bataille ne s’achèvera pas comme cela…

Et bientôt, certains s’écroulèrent, tombant dans le brouillard, les yeux vitreux, et je repoussais les corps, nous tentions de fuir l’écran de balle, et leurs visages qui brûlaient la pénombre, au loin des 4X4 semblaient s’approcher, mais nous n’avions pas le temps d’être secourus nous n’avions plus que quelques cartouches, et je fonçais au milieu de la tente, laissant Pacey dans un coin, ses blessures le faisait souffrir et je souffrais avec lui, la colère me tenaillait, la désespoir, l’instinct de survie, toutes ces choses qui nous sont indispensables pour appuyer sur la détente, et je visais de mon mieux, certains tombèrent, d’autres rechargeaient leurs armes, et bientôt il n’y eu plus que cela, des bruits de gâchette, des explosions et ces voix qui me semblaient venir d’un autre monde, ces voix qui mourraient avant de pénétrer la tente, et je ne regardais jamais derrière moi, je ne sentais pas les corps s’entrechoquer, les mains s’abandonner, je ne voyais pas les yeux se fermer, ni la brume emporter leurs souffle, il n’y avait que ma vie et celle de Pacey. Dans ma main, le fusil se faisait pesant et sa chaleur me brûla les paumes, mais je ne le lâchais pas, je n’avais pas l’intention de mourir ici, et pourtant j’aurais du sentir la balle siffler près de mon oreille et transpercer son cœur, j’aurais du sentir cette balle qui m’était destinée, celle qui avait échappé au temps, qui avait traversé l’espace pour fracasser l’instant, la douleur ne m’habitait pas, le sang ne coulait pas sur moi, il n’y avait rien, le vide, l’absence, la mort et bientôt je fût la seule debout face au vide, plus aucun son ne me parvenait, juste celui des soldats qui en renfort déchiraient les battants de la tente pour y entrer, leurs fusils sur l’épaule, des masques à gaz sur le visage, les yeux exorbités par le spectacle, et quand le feu commença à crépiter près de mon corps je lâchais l’arme et mes jambes faiblirent, je pouvais sentir le sang près de ma main, le dernier battement de son cœur, son ultime souffle sur ma peau et j’avais mal, la blessure me déchirait l’âme comme si elle me déchirait la peau et la pénombre me déroba à la si terrible réalité…Cela aurait du être moi.

 

Novembre  2006
Boston, USA

 

Tous les jours se ressemblent et quand je me lève le mercredi matin pour me rendre à ce groupe de parole conseillé par le psychologue j’ai comme une boule à l’estomac, une sensation terrifiante de manque. J’avale ma petite gorgée de whisky, l’alcool descend le long de ma gorge, me brûle les entrailles, et je peux enfin sortir de ma maison, monter dans ma voiture et rejoindre tous les désespérés de la guerre qui ne font que parler d’elle sans cesse, comme si elle était le moteur de leur vie, ou l’objet de leur déchéance. Je voulais l’oublier, l’abandonner, et personne ne m’en laissait le temps, les drapeaux aux fenêtres, les étoiles brillantes dans le vent, tout me ramenait à cet instant où son souffle s’est tu, irrémédiablement dans les larmes, dans le sang, loin de la paix des mots, l’erreur irréparable du temps qui me poursuivait, une seconde, une seule et unique pour dévier la balle perdue et nous sauver.

Je gare ma voiture sur le bas coté et il me semble assister à des funérailles tous les mercredis, comme une sombre litanie sur nos morts, ou comment affronter la vie sans eux, sans sombrer dans une autre dépendance ; et je les écoutais toujours d’une oreille les mains nouées sur mes genoux, les yeux fixés sur mon alliance que je n’avais toujours pas ôtée. La petite maison qui nous accueillait ne payait pas de mine, mais je m’en moquais, je me moquais de tout, j’entrais et je sortais de chez moi comme un fantôme, perpétuellement en noir, réveillée la nuit par mes cauchemars et mes terrifiantes réminiscences, notre mort commune et ma résurrection inutile, j’habite mes journées en regardant les informations du bout du monde, je ne répond pas au téléphone et ne contacte plus nos amis ; j’achève et je commence ma journée par une lampée de liquide ambré, je ne suis plus l’innocente jeune fille d’antan, le monde s’est chargé de défaire mes conte de fées, de m’offrir la réalité, la plus horrible qui soit, et au moment où je m’installe près des autres handicapés de l’âme, j’ai l’image fugitive de la fin de l’embuscade, le trou noir et le feu crépitant sur ma peau blanche.

-Bonjour ! Qui commence aujourd’hui ? Demanda le conseiller à l’assemblée composée principalement d’hommes hagards recroquevillés sur eux même.

Un silence mortel, des yeux qui se croisent, des êtres qui se scrutent, attendant que l’un d’entre nous puisse avoir le courage de mettre des mots sur les cauchemars des autres, sur les nuits torturées et les journées blanches qui accompagnent le deuil de toutes leurs histoires communes et singulières. Et je me taisais ce jour comme tous les autres.

-Joey ? Nous n’avons pas encore pu entendre le son de votre voix, m’interpella t-il en tapotant sur son calpin avec un petit crayon ridicule et je levais les yeux, surprise.

-Je me suis levée comme les autres jours et je suis venue ici, c’est suffisant comme preuve de ma bonne foi.

-Vous ne souhaitez pas nous parler de Pacey ?

Entendre ce nom prononcé dans une pièce pleine d’inconnus me fit trembler, et je resserrais mes bras contre ma poitrine. Non, je ne voulais pas parler de lui, je ne voulais pas raconter à ces hommes et à ses femmes  les derniers instants de notre vie, j’avais abandonné toute force, toute étincelle dans la chute interminable de la mort de mon amour, et je ne pouvais pas renaître. Je secouais la tête mais il insista et ce fut comme s’ils me voyaient tous pour la première fois, l’homme qui avait perdu une jambe dans la bataille, celui qui ne voyait plus que d’un œil, la femme au bras unique, et celui qui se recroquevillait dans un coin empestant le whisky, ils avaient les yeux fixés sur moi, des yeux morts et leurs soupirs de désespoir me brisa. Je pouvais presque pleurer, je pouvais presque oublier que je n’étais pas au fond de mon lit en robe de chambre, je pouvais peut être me laisser aller à quelques mots, juste quelques mots qui ne balayeront pas le sang, le sien, le notre…

-C’est fini, murmurais-je et la femme regarda son bras manquant avant de se mordre la lèvre. Il n’y a plus rien ici à quoi m’attacher, je me sens terriblement inutile, seule et abandonnée, je me sens comme une orpheline et pourtant je n’avais jamais ressentie cela auparavant, j’avais des amis, un semblant de famille proche ou non, mais je ne m’étais jamais comparée à ces enfants qui avancent dans la vie sans chemin, sans repères, mais je le suis devenu. Maintenant, je suis vraiment orpheline. J’ai dit au revoir à la dernière personne qui composait ma chaîne. Il y a eu mon père et ses incapacités chroniques à assumer ses responsabilités, puis il y a eu ma mère et la mort de mon reflet de vie ; et dans tout cela il restait Pacey. Mon pilier. Pour lui j’aurais pu faire n’importe quoi, comme prendre une arme et tirer sur une armada de bombes. J’ai échoué.

-Il vous reste toujours votre travail, vos amis…

-Mais qu’est ce que vous racontez ? Fis-je en le coupant et il sursauta. Foutaises ! Bientôt il n’y aura plus personne, ma porte est close et elle le restera.

-Ce n’était pas votre faute.

-Ou la phrase favorite des psychologues en manque d’argumentaire, répliquais-je et je vis sourire l’homme qui n’avait pas dit un mot, pas même un bonjour depuis des semaines.

-Vous soignez les corps, je tente vainement de soignez l’âme ; ou ce qu’il en reste.

-Vous ne m’aidez pas, personne ne m’aide.

-La colère c’est très sain Joey. Mais pourquoi êtes-vous là alors ? Vous pourriez rester chez vous avec votre bouteille d’alcool et vos idées noires. Vous n’avez plus de but et je le conçois ; si je suis dans ce groupe de parole et que je tiens ce crayon c’est parce que j’ai été à votre place. Je sais ce que les morts engendrent, surtout ce sentiment de colère et d’impuissance, et ce n’est pas en cultivant la haine que vous vivrez.

-Je ne vis plus.

-Foutaises ; pour vous reprendre. Vous êtes en vie.

-C’est une erreur du destin.

-Peut être. Peut être pas. Mais que dirait Pacey s’il était ici à votre place, s’il avait dû revenir aux USA pour votre propre enterrement ?

-Il lancerait probablement une blague pour détendre l’atmosphère.

-Bien. J’attends la blague.

-Vous êtes fou ! Vous êtes tous fous ! La vie ne sera plus jamais la même que l’on soit amputé d’un membre ou d’une personne ; il n’y aura plus jamais d’échos similaires, il n’y aura plus les mêmes projets, et même les souvenirs s’en trouvent bouleversés ! La dernière image ! La dernière image de votre bras en sang, de votre jambe explosée, la dernière image de son souffle sur ma peau, de son sang dans mes mains ; mes souvenirs sont tachés de sang, je n’arrive plus à revoir son visage, il n’y a que des bribes de brisures, des brumes et des larmes. Je ne me souviens que de cela, un trou noir, des voix, et ce sentiment de perte irréparable. C’est la seule absence que personne jamais ne pourra combler dans mon cœur. Comme le jour, où je suis restée devant la tombe de ma mère sans qu’aucune voix ne m’accueille, sans qu’aucune note ne joue plus à mes oreilles, le reflet se brise, le chemin se meurt, et je suis à nouveau cette enfant face à la mort de ses souvenirs. Il y a toujours le dernier moment qui s’installe, qui nous pousse vers le désespoir, l’alcool, l’adrénaline, la folie…la nouvelle vie que la mort nous donne n’est qu’un leurre. Et je n’en veux pas. Je ne veux pas…Je n’ai plus de chemin.

Personne ne donna écho à ma tirade, ils avaient tous les yeux fixés sur leurs blessures, leurs membres amputés, leurs vies agonisantes et je me rendis compte que je pleurais, que les larmes inondaient mes joues sans que je ne puisse les retenir, et je les laissais glisser sans tenter un geste ; il me semblait pleurer pour la première fois, il me semblait ressentir le vide pour la première fois, et pourtant c’était encore un leurre de la mort, elle se répète à chaque journée où le soleil nous effleure, l’absence se ressent, indéfiniment dans son éternité et pourtant le temps se fait parait-il salvateur, le temps nous sauvera peut être de ces pénibles recommencements, de toutes ces journées où respirer est un supplice, où rire est une hérésie, où il n’y a rien d’autre que ce petit carré de terre dans un cimetière pour nous rappeler une existence, que ces dates pour délimiter leurs vies et la notre ; la mienne.

Et je me levais brusquement, trop envahie par les souvenirs pour leur laisser voir mon visage, trop blessée par le temps qui se traînait pour rester une minute de plus face à leurs propres larmes, leurs propres peines, mon histoire se mêlaient à la leur, je n’arrivais plus à la dissocier, j’étais amputée d’un être et de toute notre vie ensemble, de tout ce que nous aurions pu faire ensemble, tout se mélangeait, le passé, le présent, et les effluves d’un avenir incomplet, éternellement voué à l’imaginaire pour une erreur, pour une guerre sans reconstruction, et je claquais la porte derrière moi quand le premier sanglot envahi ma gorge, quand il déferla dans mon corps et broya profondément mes entrailles, je n’entendais plus rien, juste le bruit sourd des douilles s’écrasant au sol, la voix de Pacey dans ma brume, le feu qui bruissaient autour de nos corps morts et je débouchais sur la route sans penser à récupérer ma voiture.

Il y avait d’autres visages, ceux des soldats qui étaient venus nous secourir, leurs voix si fortes, si faibles à la fois dans le silence des explosions, des histoires que j’avais oublié et qui devaient rester bien profondément enfouies dans ma mémoire, je pouvais me revoir flotter entre deux mondes, envahie par la fumée du toit qui s’embrasait, secouée par les bras qui me tiraient au dehors, bousculée par les cris des blessés, des timbres que je ne reconnaissais pas, ce n’était pas le sien, et il me semblait ouvrir les yeux sur notre enfer, la paix ne pouvait pas naître en nous, dans ce sol que j’avais appris à maudire, et bientôt il fut allongé au dehors, sous les étoiles près de mon corps en instance alors que le sien se mourrait déjà, et je pouvais me revoir ramper, mêlant mes propres larmes à son sang, cherchant sur son visage immobile  une étincelle, une seule et unique brisure de vie…

Et je tournais au coin de la rue, marchant sans savoir vraiment où j’allais, dédaignant les passants sur mon chemin, tout ce qui aurait pu m’empêcher d’avancer, de courir, la pluie arracha les larmes de mon visage et je m’élançais sur la route sans obstacle, comme si quelqu’un m’attendait quelque part, et je pouvais presque l’entendre, le sentir, dans mon imaginaire il n’y aura pas d’autre fin pour nous, ils devaient tous m’attendre quelque part, ceux qui avaient désertés ma vie, mon monde ; c’était mon seul et unique espoir, j’étais aveuglée par la colère, l’acceptation me fuyait, la tristesse me tuait, et pourtant je n’étais pas prête à lui dire adieu pour survivre…

 

* *

*

 

Même la lueur chaleureuse du soleil me fuyait, et pendant que la pluie assombrissait le ciel, et rebondissait sur ma fenêtre, je restais immobile, dans la pénombre. Ma maison ressemblait à une sorte de labyrinthe maléfique, aucune pièce n’était éclairée, aucun bruit ne venait couper le silence, sauf les coups portés à ma porte, des coups frénétiques qui me poussèrent à combattre ma lassitude et à voir apparaître le visage dégoulinant de Dawson. Un vague sourire illumina ses traits et quand je le fis entrer, il alluma toutes les lumières sur son passage, appuya sur le bouton de la radio, et je le regardais comme si il avait perdu la tête, alors qu’en fait dans toute cette équation malsaine ; la folle c’était moi. 

-Il fait encore jour Joey, lança t-il en ouvrant les volets dans la cuisine.

Et je le suivais de pièce en pièce, comme si je suivais un chemin vers la lumière, et la sensation de vivre dans une tombe s’évanouit ; ce n’était pas ma mort. Il s’assit ensuite poliment sur le canapé, et je restais à l’épier, resserrant les pans de ma robe de chambre contre mon corps, trop perturbé par la lumière apparente et le bruit de musique qui raisonnait entre nous. Il posa sur la table basse une petite liasse de lettre et sans un mot je m’installais à ses cotés.

-Ce sont tes propres lettres Joey. Celles que tu m’as envoyées d’Iraq, et je veux que tu les relises. Je veux que tu te retrouves.

-Tu es fou d’être venu chez moi avec ce temps de chien, dis-je pour détourner la conversation et il soupira.

-Je connais tes manœuvres, je te connais depuis des années, et tu ne me feras pas changer d’avis. Les thérapies c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. L’alcool ne t’aidera pas, et ce n’est pas en faisant de ta maison un tombeau que tu te puniras.

-Je ne me punis pas.

-Je crois que si, et c’est le fond de ton problème. Dans ces lettres il y a une toute autre Joey, une fille volontaire et courageuse qui n’a pas eu peur d’éponger le sang des inconnus, et qui pourtant n’arrive plus aujourd’hui à lever le petit doigt sans souffrir. Je n’aime pas ce que je vois.

-Et bien, je ne te retiens pas, fis-je en lui désignant la porte et au lieu de cela il sourit avec insolence.

-Tu ne me feras pas fuir, je suis la seule personne intouchable ici.

-Tu n’es pas invincible.

-Et Pacey ne l’était pas, déclara t-il en posant une main brûlante sur mon bras. Il ne l’était pas, et oui, cela aurait pu être toi mais Joey que fais-tu en ce moment ? A quel jeu joues-tu ? Tu ne crois pas que ton destin est ailleurs ?

-Et le tiens Dawson ?

-Je suis toujours le même, je suis toujours ton ami, et cela ne changera pas, qu’importe que tu devienne une vieille fille aigrie dans quelques années, je continuerais à allumer les lumières de ta vie, à parler pour combler tes silences et peu m’importe que tu puisses me détester, tu te détestes encore plus…Relis toi. Je vais même le faire pour toi.

Il sortit la première lettre du paquet, et la déplia devant moi. Je détournais les yeux, quand son timbre raisonna, et jamais sa voix ne trembla, jamais il ne perdait mes mots, il les faisait glisser à travers le sang dans une agilité surprenante, et je pouvais tout à coup me revoir les écrire, sous un soleil de plombs en attendant le retour de Pacey, les mains perpétuellement dans la misère humaine.

Cher Dawson,

Je marche dans ces rues devenues familières, c’est étonnant de constater que même l’absence ne peut me faire oublier ces horreurs, elles sont gravées en moi, c’est éternel, pour la vie, juste ce sentiment qu’elle fera toujours partie de moi, de mon avenir, de tout ce que j’entreprendrais, elle me colle à la peau, elle est devenue bien plus qu’une guerre lointaine, elle est juste devenue ma guerre.

Et j’ai le sentiment de m’y perdre un peu plus chaque jour, je la laisse gagner du terrain sur nous, sur les mots qui auraient pu nous sauver, le sang n’a pas de finalité, il se répand, brouille notre vision de la réalité, du simple mot « liberté », et les hommes ne savent même plus pourquoi ils se battent, ils ne savent même plus pour qui ; Pour la gloire ? Pour la patrie ? Pour sauver une petite partie de l’humanité ? Tout cela est ridicule, il n’y a aucune légitimité, et je suis ici à t’écrire alors qu’au loin il y a sûrement d’autres morts, d’autres agonies que je ne pourrais jamais soulager, nous sommes dans une erreur et nous en assumons les conséquences, et sans fin, aucune reconstruction ne sera possible sur ces ruines, rien que le silence à venir, les drapeaux morts et la dernière prière…

Je philosophe sans cesse, mais je ne te demande même pas comment tu vas ? Ton scénario avance où bien tu te cognes encore la tête contre les murs ? Quoi qu’il en soit, je suis persuadé que cette série sera sensationnelle, n’inclus pas cette période de notre vie dans ton histoire, les personnages n’ont pas besoin de connaître la déchéance, personne n’appréciera le spectacle. Je suis certaine qu’au pays personne n’en parle vraiment. Où est Joey Potter ? Oh, et bien elle à rejoint son mari en Iraq, chose somme toute courante n’est ce pas ? J’ai plusieurs casquettes, tu sais. Je suis la femme d’un homme, et la sauveuse des autres c’est comme cela qu’ils m’appellent ici, Madame l’ange gardien. Enfin quand ils peuvent me voir…

Vous ne vous sentez pas amputés ? C’est notre cas, il nous manque nos essentiels, nos amis et nos plaisirs, ici il n’y a rien d’autres que des blessés à soigner et des batailles à accomplir, et nous sommes perpétuellement séparés, je le sais tout proche mais pas assez proche de mon cœur pour que je sois soulagée, je passe presque toutes mes nuits seules, mais parfois il arrive à s’éclipser pour me rejoindre, c’est une histoire étonnante si loin de nos habitudes, nous regardons ce ciel qui n’est pas le notre, criblés d’étoile envahi par la fumée des explosions nocturnes, et je peux presque me croire dans un ailleurs inaccessible ; un autre monde. Il n’y a pas si longtemps nous allions dans un lycée de banlieue tranquille, dans nos drames d’adolescents attardés, et nous voilà dans des drames d’adultes, des drames infinis. Et je n’ai pas fini d’en combattre la finalité, je ne leur laisserais rien, je panserais toutes les plaies, j’épongerai tout le sang, et personne ne l’emportera. La seule chose contre laquelle je suis impuissante n’est pas un mystère, elle existait déjà dans nos tragédies passées, la mort est mon seul fardeau, la mort des autres, et la notre…Elle rode et nous frôle, je vis avec elle comme je vis avec les morts de la si grande Amérique, celle qui envoie ses fils à l’abattoir, qui honore les veuves de drapeau dérisoires, qui établi des étoiles aux fenêtres pour respecter les héros. Il n’y a pas de héros et je ne suis pas une héroïne, je ne suis qu’une femme qui tente de reconstruire la guerre des hommes, les drames du monde…

J’espère te revoir très bientôt, pour notre retour.

N’oublie surtout pas de doter ta Joey d’une passion à toute épreuve, et fais de ton Pacey un héros, car malgré mes discours, pour moi il le sera toujours…

 

Joey

 

Et il releva la tête, plongea dans mes yeux emplis de larme, et je lui dédiais un sourire franc, le premier depuis des semaines, depuis des mois. Il déposa la lettre devant moi et je parcourais des yeux mon écriture, mes mots, et ils semblaient voler entre nous, en nous, comme si j’avais oublié à quel point je pouvais les aimer, à quel point j’avais besoin d’eux pour vivre, mes amis, mes réminiscences, et je tendis la main vers les autres lettres.

- Il faut savoir dire adieu pour survivre, et je survis… murmurais-je et il se leva pour m’embrasser sur le front.

-Je voulais juste que tu le comprennes, que tu l’apprennes…Tu ne pouvais rien faire, Joey, ce n’était pas ta faute, et maintenant je veux que tu relève la tête, que tu enlève cette horreur que tu as probablement sur le dos depuis des semaines et que tu abandonne ta satané bouteille de whisky.

-Je suis une fausse une alcoolique Dawson, plaisantais-je.

-Je préfère entendre cela, dit-il avec un clin d’œil et mon rire raisonna dans ma maison fantôme comme une abomination. Et la prochaine fois que je t’appellerais, j’espère entendre ta voix à l’autre bout du combiné, j’espère te voir parmi nous bientôt…

-J’y serais, fis-je et il me prit dans ses bras.

Avant de sortir, il me fit un signe, et ce fut comme si un courant d’air avait dévasté ma maison, les lumières brillaient, les volets étaient ouverts, une métamorphose ; et je remontais doucement dans ma chambre en fredonnant une mélodie sans échos, une vieille chanson qui nous avait peut être définit un jour et que nous avions oublié. Je m’installais devant les armoires pleines de vêtements où autres souvenirs, et j’entrepris la phase terrifiante de l’acceptation ; le dernier tournant, ce moment où il ne reste presque plus rien pour éveiller les sens, plus rien pour rappeler les mots et les serments, et la colère me quitta, le manque se fit plus fuyant, la tristesse plus supportable, le manque une agonie maîtrisable…

 

Janvier 2007
Boston, USA

 

J’ai délibérément évité les fêtes de Noël. Et depuis que j’ai laissé mes mots entrer dans ma vie à nouveau je me sens moins solitaire ; je peux épier mon reflet dans un miroir et maquiller mes lèvres sans dégoût ; je peux enfiler une robe rouge sans penser au sang ; je peux marcher dans la rue sans entendre de détonations ; et c’est au 24 décembre décisif que j’ai pris ma voiture pour rejoindre l’hôpital central, celui que j’avais déserté avant l’Iraq et que je devais retrouver à présent. Rien n’avait changé des ces murs, et j’étais étonné de constater que les misères restent les mêmes, que les veuves sont toujours au bord du gouffre, que les orphelins maudissent toujours autant le destin ; comme si j’avais vécue tout ce temps dans une bulle insondable, loin de la mélodie du monde, des souffrances des autres, car elles m’indifféraient…

Et maintenant ; à chaque nouvelle journée je me force à émerger ; je descends les escaliers et je me relis, sans prétention aucune, juste pour rechercher mes erreurs, mes méprises dans leurs guerres, juste pour retrouver l’ancienne Joey, celle qui n’avait pas peur des mots, celle qui n’avait pas peur d’éponger la souffrance des autres avant de saisir l’ampleur de la sienne. J’avais abandonné l’égoïsme légendaire du deuil ; cette phase où tout est insupportable, où les blessures des autres nous semblent dérisoires, où nous semblons les seuls au monde à souffrir pour ceux qui ont expirés à nos cotés ; ce moment entre la conscience et l’inconscience où il n’y a pas de pire fardeau que nous même ; et je m’étais libérée de ce carcan inconfortable que la mort installe, peu à peu j’avais découvert mes anciennes forces, reconquérit mes anciens mots, ils m’appartenaient à nouveau, et je pouvais jouer avec eux pour une nouvelle symphonie, je pouvais tenter d’autres notes, d’autre résonances, sans pourtant oublier ce qui me manquait, ce qui continuait à me ronger. Le manque, l’absence, comme une méprise du ciel et je devais parfois détourner les yeux devant la réalité ; il n’y aura pas de retour, il ne restait que moi dans nos souvenirs, je les effleurais dans mes rêves mais je les laissais dormir le jour, quand je prenais la main d’un inconnu pour soulager sa peine ; quand j’épongeais à nouveau le sang sans faillir ; quand je redevenais mon reflet parfait ; sans anicroches ou fausses vérités.

Je poussais la porte du bureau de la chef de Clinique ; Andie ; notre amie, notre confidente, la mienne avant tout, et elle m’accueillit avec son sourire de circonstance jusqu'à ce que la porte soit close. Après cela, elle enleva sa blouse tachée d’encre et m’offrit un café.

-Je ne suis plus médecin ; je suis secrétaire, annonça t-elle en me servant une tasse, et je croisais mes jambes en me callant dans le fauteuil.

-Tu es en manque d’action ; tu ne peux plus courir dans les couloirs et hurler après tes internes ; je comprends ton désarroi.

-Tu es toujours aussi sarcastique Joey ; plaisanta t-elle, puis elle sortit un dossier qu’elle étala sur le bureau devant nous. Je t’ai fais venir pour une raison ; une seule. Partager ce café bien mérité avec toi, mais aussi te parler d’un problème important. Je ne sais pas si c’est une bonne idée, mais je n’avais que toi, toi qui ais la passion…

-Tu me fais peur, fis-je en déposant la tasse et elle inspira profondément.

-Ils manquent d’effectif.

-Qui cela ?

-Ton ancien post de secours à Bagdad !

-Tu es folle ; plus jamais je ne remettrais les pieds là bas. Tu n’as qu’à trouver quelqu’un d’autre. Les fous capables de s’engager sur un coup de tête cela existe encore.

-Je m’en doutais, murmura t-elle et je m’agitais sur mon siège.

Je ne me sentais soudain plus en sécurité, je pouvais à nouveau entendre les cris, mes réminiscences s’annonçaient pénibles, les visages s’entremêlaient, les mains se perdaient dans la pénombre, les explosions habitaient mon regard et je ne pouvais plus mettre des mots sur cela, je n’en était plus capable, et Andie se leva tout à coup pour s’agenouiller devant moi.

-Joey ? Calme toi, je suis désolée, je ne voulais pas réveiller tout cela, j’ai besoin de toi, nous avons besoin de médecins comme toi.

-Si j’y retourne, je mourrais, murmurais-je et elle attrapa ma main comme une solide attache. Je finirais par prendre une balle perdue, ou par me faire poignardée au hasard dans une rue sombre ; je ne suis pas invincible, un jour ils m’auront…Comme Pacey.

-C’était une mauvaise idée ; n’y pense plus.

-Ils sont combien ? Demandais-je malgré moi.

-Une infirmière est rentrée chez elle après avoir été attaquée, la pauvre ne s’en toujours pas remise. Ils ont donc divisé deux unités pour deux postes de secours, mais l’effectif est trop faible pour endiguer le flot de blessés. Ce sont des journées interminables ; je ne voulais pas te bousculer, je voulais juste que tu saches, que le jour où tu le souhaiteras il y aura de la place, il y aura toujours des mourants à épauler, la guerre n’est pas prête de s’achever malheureusement…

-Je suis désolée pour eux, dis-je et je me relevais alors pour retourner à mon service. Je ne peux plus être un ange gardien. Je suis ici, c’est déjà beaucoup pour moi.

-Je le sais bien, et je ne te mets pas au pied du mur ; je te dis juste ce qu’il en est. Tu as le choix.

-Merci.

Avant de fermer la porte, je pu la voir se laisser tomber dans son fauteuil en soupirant. Et pendant tout le reste de la journée ; tandis que je passais d’une âme à l’autre, je ne pensais plus qu’a cela ; cette perspective de retrouver les chemins de la guerre des hommes, et cela me faisait horreur ; je chassais les images, j’occultais les bruits de mon inconscient et je souriais avec des inconnus qui avaient peut être connus les même drames, qui avait peut être versés les même larmes ; et je me sentis tout à coup misérable dans ce monde, solitaire et inutile. Je combattais les larmes qui envahissaient mes prunelles, je continuais à sourire, à rire aux plaisanteries, et ce soir comme tous les autres à venir, je rentrerais chez moi ; dans ma maison vide et mon tombeau en apparence ; je prendrais une douche et je m’affalerais devant la télévision sans échos, sans murmure, sans douce caresses. Dans le néant, prise dans les tourments de toutes les histoires qui m’entouraient mais qui ne me définissait pas ; je n’avais plus d’histoire, juste des phrases vides de sens qui se suivaient dans un ordre méticuleux, des gestes accomplis sans conviction, des mots prononcés pour la circonstance ; rien ne semblait authentique, pas même mes souvenirs qu’il me semblait réécrire au fil des saisons ; comme si je les reconstruisais, comme si je leur donnais une nouvelle naissance, une existence qu’il me semblait avoir perdu entre mon travail et mon âme, un gouffre presque infranchissable entre la tristesse et le courage, deux antipodes qui ne pouvait pas se rejoindre, et j’étais perdue entre eux ; ancrée dans la tristesse, poursuivie par mes anciens courages, et il ne me restait plus qu’à choisir ce que je voulais devenir sans lui…

 

* *

*

 

Cette fois ci ; je ne me fis pas prier ; je ne levais pas la main pour prendre la parole, ils étaient tous égales à eux même, des drames uniques et inaltérables réunis dans cette pièce pour une seule et même rédemption, et je fuyais leurs yeux tristes, et leurs mains nouées. Maintenant je ne fixais que le psychologue qui tenait entre ses mains son éternel carnet toujours vide de mot, comme un accessoire de cirque inutile.

-J’y ai pensé ; chaque jour depuis qu’elle me l’a proposé. J’ai pensé à repartir en Iraq ; à partir à la recherche de ce que j’avais oublié, de ce que j’avais laissé là bas, et pourtant je n’arrive pas à franchir le pas ; je n’arrive pas à abandonner mes souvenirs ici ; j’ai peur de la solitude, j’ai peur d’être seule sans soutien, sans amour dans cette étrange guerre, j’ai peur des blessés et de leurs visages, j’ai peur de revoir Pacey agoniser dans mes bras, j’ai peur de tout, même de la pénombre de mes nuits torturées. Je ne sais plus qui je suis… Je ne me reconnais pas.

Et la femme au bras amputé s’agita sur son siège, elle avait du revoir ses propres bombes, ses propres morts, le sang couler le long de son éternelle blessure, changeant irrémédiablement sa vision du monde et des Hommes. L’Humanité avait été capable de la mutiler, de la pousser dans ses retranchements, l’Humanité se mourrait noyée dans son propre sang et je ne pourrais jamais l’endiguer seule. Le psychologue hocha la tête et nota pour la première fois quelque chose sur son calepin. Il déchira la feuille et me la tendit. « Vous êtes prête »

-Non je ne le suis pas, fis-je en fixant le morceau de papier.

-Si. Sinon, vous n’auriez pas retourné ce problème dans votre tête pendant des jours entiers, vous auriez dit non tout simplement. Mais que cherchez-vous vraiment Joey ? Pacey n’y sera pas. Il faut que vous le sachiez. Il arrive souvent que les personnes victimes de ce genre d’événement occultent totalement la réalité parce qu’elle leur semble lointaine, et pour cause sur un autre continent. Je veux que vous soyez consciente de l’essentiel ici Joey ; Pacey ne sera pas en Iraq, il n’y aura rien, que des inconnus ou des visages jadis familiers ; rien d’autre que vous et vos démons. Ne le cherchez pas là bas.

Et je fixais mes mains comme si son discours me passait au dessus de la tête, alors qu’il me pénétrait, me torturait, noyait mes anciens courages, je ne devais pas chercher mes fantômes dans cette terre, je ne devais cultiver l’espoir de croiser mes mirages, et quand je relevais les yeux pour le fixer, j’ouvris la bouche pour me justifier mais aucun mot ne pu en sortir, juste un sanglot étouffé, le fruit de mois pénibles, de rédemption sans fin, d’espoirs assassinés, et je posais une main sur mon cœur qui s’emballait, qui fuyait, convaincu qu’il y avait un ailleurs peut être pour nous réunir tous, un jour…

-Je ne ferais pas cette erreur, dis-je et tous les yeux étaient fixés sur moi. Je le sais. Je sais ce que la mort représente, mais dans mon imaginaire il n’y a pas de réalité, il n’y a pas le monde des vivants et l’au-delà. Il n’y a qu’un seul et même bloc, une seule et même destinée ; et je connais le sens de ce mot depuis longtemps, la terrifiante peur qui nous taraude tous. Je sais ce que la mort engendre, je connais la tristesse, la colère, la dépression, l’acceptation fictive, car il n’y a en a aucune. C’est un jeu que nous commandons. Je ne crois pas aux fins. Je sais qu’il n’y aura pas de retour, pas maintenant, pas ici, mais je ne crois pas au néant des éternités, ni aux paradis artificiels où il est si facile de se perdre. Je crois en moi, en nous ; et j’espère qu’un jour il n’y aura plus de barrière, mais en attendant, je continue à respirer, mon cœur bat et c’est la seule chose qui nous sépare. Je ne suis pas suicidaire, je n’ai pas pour but de prendre la balle perdue d’un autre désespéré, je veux juste comprendre, apprendre…Vivre avec mon silence, avec le manque des choses que l’on ne fera plus, des mots que je n’entendrais plus ; j’ai juste besoin d’apprendre à composer avec le vide, et ici c’est impossible. Je ne peux pas le supporter, tout me semble pénible, et j’ai même été tenté de faire sonner son téléphone il y a quelques semaines…Ridicule en somme ; juste pour couper le lien de la mort. C’est trop définitif pour moi, trop difficile à négocier, et je ne veux pas de la mélodie de la tristesse éternelle ; j’aimerais rire, et pleurer pour des futilités, je voudrais occulter le masque de la colère, fuir la dépression, et combattre l’acceptation…L’oubli.

Et ce fut ma dernière tirade. Je me relevais et j’emportais tout, je ne reviendrais plus parmi eux, dans leurs drames et leurs pesants silences, et quand je refermais la porte je me sentais étrangement soulagée, je savais où j’allais, il n’y avait plus de mystère dans mon chemin, plus de retour en arrière, rien que la route interminable qui s’étendait, et ce soir là, je téléphonais à Dawson pour organiser une petite sortie entre amie ; la première depuis que j’était rentrée, depuis que j’avais abandonné l’âme de Pacey dans le désert, la première depuis que je m’y était perdue, depuis que j’avais appuyé sur la détente pour mettre fin à la vie d’autres être humains. De la futilité, des rires insolents, les plaisirs de la vie, tout ce que j’avais oublié de jouer dans mon étonnant deuil avec moi-même…

 

* *

*

 

Et je retrouvais un peu de cette gaieté, de cette joie de vivre qui m’avait fait défaut avec eux. Mais il y avait toujours la pièce manquante au puzzle de nos vies, il y avait toujours le creux dans nos nouvelles photographies, il y aura toujours cette voix qui ne raisonnera plus, et je crois qu’ils viennent à peine de le comprendre. Dans tout cela, je me sentais sereine ; j’avais depuis longtemps compris qu’il était toujours trop tôt pour nos renoncements, il était toujours trop tôt pour dire adieu et quand je vis Jen essuyer une larme au coin de son œil, je décidais d’en finir avec cet étonnant masque de tristesse permanente. Dawson nous avait emmené sa nouvelle conquête, et je réalisais à les voir main dans la main qu’il me faudrait du temps, ma propre éternité pour avoir à nouveau envie d’effleurer la peau d’un autre homme, une éternité pour m’imaginer l’embrasser et construire mes ruines autour de lui ; il me faudrait une éternité pour ouvrir mon cœur à d’autres inconnus, car ici il n’y avait pas de surprises, ils étaient tous à leur image, je les aimais avant et je les aimerais toujours, je n’avais pas besoin de me protéger de leurs monde, il était le mien avant tout, il m’appartenait et je venais de réaliser que j’avais une histoire, elle continuait sa route sans que je ne l’alimente, mais elle n’était pas morte, les cendres peuvent s’effacer, les monuments se reconstruirent, et je ne vivais plus de l’existence des autres ; je pouvais sentir le besoin de continuer la mienne. Enfin.

- Excusez-moi, fit Andie en nous rejoignant soudain à table alors que nous entamions le plat principal. Encore une garde interminable.

-Vous êtes toujours si occupée, vous ne prenez pas le temps de vivre, lança Jen et je lui souris en sortant mon téléphone de ma poche pour le poser sur la table.

-Je suis en permanence sous satellite, plaisantais-je, au cas où une catastrophe nucléaire propulserait le monde dans un chaos indescriptible.

-Je suis contente que tu sois la Joey, dit Andie en effleurant ma main, et je soupirais.

-J’ai fait le tour de ma maison, je n’aime pas traîner dans les bars la nuit, il ne me restait plus que vous pour étancher mes drames, plus que vous pour me faire rire, alors j’attends vos anecdotes de la semaine !

-De la semaine ? S’exclama Jack, de ces 6 derniers mois plutôt Potter !

-J’ai dormi pendant tout ce temps ? Demandais-je et tout le monde éclata de rire.

-Tu as hiberné pendant des mois Potter, j’ai cru que tu étais perdue pour l’humanité. Heureusement te voilà parmi nous, et nous avons un tas de chose à te raconter, un monde en somme, dit Dawson en commençant par me présenter sa nouvelle petite amie.

-J’ai beaucoup réfléchie, fis-je soudain et ce fut le silence.

Ce même silence que j’affrontais dans mon ancienne psychothérapie, ce silence qui m’accueillait dans ma maison fantôme, ce silence qui précède la mort et qui la définie, ce moment où l’abandon est consumé, ce moment avant toutes les tempêtes qui ont marquées nos pas.

-J’ai beaucoup réfléchie grâce à toi Andie, commençais-je et elle me fixa, perplexe. Ce n’était pas qu’un café dans ton bureau, ou un dossier sur tes genoux, c’était bien plus qu’une simple demande.

-Tu m’as dit non, et je le comprends tout à fait Joey, ne te justifie pas devant eux.

-De quoi parlez-vous ? S’enquit Dawson et j’inspirais profondément avant de lancer la bombe.

-Il parait qu’ils sont en sous effectifs en Iraq.

-C’est une blague ? Et pourquoi ne pas te jeter dans la gueule du loup ? Tu n’aurais pas du quitter ta thérapie, tu n’es pas encore prête…

-Je crois que si Dawson, je crois que j’ai trouvé ce qui n’allait pas chez moi, ce qui n’allait pas ici, je ne pourrais jamais remonter la pente, je dois retourner aux origines, c’est le moment, je peux encore me détacher et avancer.

-Tu veux te faire tuer ? Cela arrivera, fit Jen livide, et je ne pu m’empêcher de sourire.

-Un jour ce sera la fin, pour moi, pour toi, pour nous tous, nous ne sommes pas invincibles et je n’ai pas peur de cela, j’avais juste peur de moi, d’affronter la solitude, mais maintenant c’est terminé. Je n’ai plus peur d’être seule, d’être entourée par le silence. J’ai compris et appris qu’il y a un temps pour tout. Je renonce, je ne me battrais plus contre le destin. J’ai découvert que j’avais envie de continuer ma vie, d’affronter toutes ces turpitudes, et je me moque de mourir demain ou dans une cinquantaine d’année, je me moque de ce qui peux bien m’arriver, je veux juste pouvoir respirer, fuir la noirceur de mes jours, je veux juste apprendre à aimer la vie, je veux juste apprendre à respirer sans sombrer dans l’agonie, c’était mon seul but, et je crois que je suis prête. Je n’attends plus que tes recommandations Andie.

-Je…Je n’arrive pas à croire que tu puisses envisager de repartir en Iraq après cela, déclara Dawson.

-Cela ? Demandais-je. Cela quoi ? Tu peux le dire. Tu n’arrives pas à croire que je puisse décider de repartir sur les traces de mon ancienne tragédie. Je n’ai plus peur d’elle, je n’ai plus peur de ressentir le manque, et tant que j’étais aveugle à cette réalité je ne pouvais plus vivre, je ne pouvais plus faire de projet. Je suis consciente de cette réalité, et c’est la mienne à présent. Je peux repartir sans Pacey. Je l’ai fait pour lui, pour le suivre, pour que nous ne soyons pas séparés, mais je peux le faire pour affronter le vide, et un jour même si cela me parait impossible à l’heure actuelle, il y aura peut être une personne qui le comblera en partie

-Je souhaite qu’il en soit ainsi Joey, mais tu ne crois pas que tu devrais rester ici, nous sommes là pour t’épauler, et maintenant que tu as enfin accepté notre aide, il n’y aura plus d’embûches, lança Jen, plus pour se convaincre elle-même.

-Et je ferais quoi ?

-Il y a l’hôpital ! Ils comptent sur toi là bas, s’exclama Dawson et Andie le regarda en secouant la tête.

-Qu’est ce que vous faîtes au juste ? Demanda t-elle au petit groupe. Vous n’êtes pas sérieux ? Je ne retiendrais personne. Joey si tu es toujours décidé lundi matin, je t’attendrais dans mon bureau avec un café noir et tes directives.

-Merci.

-Je trouve cela totalement insensé Joey ! Je ne sais pas ce qui t’arrive, mais je te préférais encore apathique !

-Tu ne penses pas ce que tu dis Dawson ? M’écriais-je et son visage se ferma. Tu ne penses quand même pas que j’avais un avenir tout tracé dans le « Drama » ? A t’entendre, je suis folle, et bien depuis que j’ai fait mon choix je me sens étrangement en vie, et je ne te demandais pas de choisir pour moi mais de rester tel que tu étais avant, soit mon ami, rien que cela.

-Je serais toujours ton ami, mais tu ne seras pas là, tu manqueras tout un pan de nos vies. Tu as déjà manqué tant de choses, et maintenant il nous manque…

-Pacey, dis-je et ils baissèrent la tête. Je le sais ! Je l’ai découvert avant vous parce que je le ressens au plus profond de moi, je ne peux pas me détacher de cette douleur qui m’agrippe les entrailles, je suis dépendante de mon manque, et ce serait un mensonge que de dire que je n’espère pas me sentir mieux en fuyant Boston. J’espère me sentir mieux, j’espère me créer d’autres souvenirs, changer de vie, mais pas tout abandonner. Et je me suis aussi investie dans cette guerre avant, j’ai aussi soigné des gens avant d’en tuer d’autres.

-Je ne veux pas que tu t’en ailles encore Potter, dit-il et je me sentais faillir.

-Vous allez faire votre vie. Je ne me fais pas d’illusion. Je vivais dans une sorte de petite bulle avec Pacey, et vous aurez la votre. Dawson tu repartiras à Hollywood quand un autre projet se présentera, Jen tu épouseras peut être un jour ton CJ, Jack tu trouveras sûrement en Doug une attache solide, Andie tu rencontreras un beau médecin célibataire et stable, et moi dans tout cela ? J’ai besoin de reconstruire. Je ne peux pas me contenter de vous regarder vivre en laisser filer la mienne…Et je vous aime. Je continuerais de vous aimer peu importe où je me trouve, ce que je fais, et le chemin que j’ai décidé de prendre. Je déteste ce genre de discours, j’ai l’impression de vous dire adieu alors que c’est faux. C’est juste « À bientôt »… Souriez et aidez-moi.

Et ce fut tout. Un vague sourire effleura leurs lèvres l’un après l’autre, convaincu, frêle ou de circonstance, mais peu m’importait, j’avais besoin de les sentir près de moi malgré tout. Dawson commanda une bouteille de vin et les conversations reprirent leur rythme, une sorte de mélodie dans le silence qui m’attendait, mais je pouvais l’apprivoiser et l’aimer, ce silence qui ne précède pas les tempêtes, mais qui laisse juste une douce sensation d’accomplissement.

-A nous ! Lança Andie en levant son verre, et j’en fis de même.

Etrangement, ils acceptaient. Peut être par fatalité tout simplement et je m’en contenterais. Je ne chercherais pas l’absolution, ils ne pouvaient pas me la donner, ils me donnaient infiniment plus ; un port d’attache.

 

Mars 2007,
Bagdad, Iraq

 

La force n’est pas toujours à la hauteur de nos douleurs, parfois il faut la cultiver longtemps pour franchir le pas. La nuit quand la respiration des blessés emplissait l’air, je repensais à tous les moments passés avec Pacey, et à ce souvenir mes mains  tremblaient, comme si toute la force que j’avais mise dans l’acceptation n’était qu’un leurre, comme si jamais la douleur ne pouvait nous être allégée, comme si malgré mes efforts, l’Iraq et tout ce que je lui avais donné ne resterait que souffrance.

Parfois je vois repartir des hommes vidés, brisés, des hommes qui plus jamais ne pourront affronter leur reflet dans un miroir, qui, toute leur vie, revivront ces horreurs qu’ils ont créées, le fusil à la main et la rage au cœur, ils penseront toujours à la guerre de leur vie, la guerre qui a détruit toutes les reconstructions. Et cette guerre est aussi la mienne, comme elle était celle de Pacey et de tous ceux qui la cultivent, c’est pour cela que je suis encore ici, que je suis à genoux en ce moment, que je compresse la plaie d’un homme qui ne verra sûrement plus le soleil se lever. Je voudrais vous dire que je suis fatiguée, que je suis blessée à vie par tout ce que je vois, je voudrais vous dire que les guerres sont l’erreur de trop, mais je ne le peux pas, j’y suis, j’en fais partie, c’est notre guerre à tous, à celles qui soignent les plaies, à celles qui referment les yeux exorbités, c’est la notre, nous l’aimons, nous la haïssons, nous ne sommes pas toujours en phase avec sa légitimité, mais elle nous est indispensable, elle fait vivre et mourir les grands rêves des hommes, elle nous donne la réalité…

Et je suis descendue de l’avion pour retrouver la chaleur écrasante du désert, cet air chargé et sec qui collait mes vêtements à mon corps tendu, qui rabattait mes longues mèches brune sur mon front humide, et je couvris ma tête le temps de traverser le terminal et de rejoindre la jeep qui m’attendait sur le parking bondé. Le chauffeur lança la voiture sur les routes cabossées et je détournais la tête pour regarder le paysage, et je me rendis compte que rien n’avait changé, il y avait toujours le même brouillard permanent dans les rues, le même drapeau flottant au dessus de l’ambassade des USA, les mêmes femmes fantômes, les mêmes enfants aux yeux tristes, et tandis que nous roulions en dehors de la ville pour rejoindre les camps je me revoyais au premier jour, la première fois que j’avais posé les pieds dans ce pays, les deux ans que j’avais passé à soigner des inconnus, à prier pour leur salut et le notre, ma première impression, les premiers yeux que j’avais refermés puis les derniers. Je n’avais même pas regardé mon chauffeur et lui non plus d’ailleurs, je suivais juste ses légers mouvements et ses mains crispés sur le volant. A ses cotés, dormait un fusil qu’il avait du tenir maintes fois, pour se sauver, pour faire pencher la balance du destin, eux ou nous…Nous resterons des étrangers, et au final c’était la meilleure alternative, ne pas se perdre dans les histoires des autres, ne pas connaître leur fin et ne plus pleurer sur leur manque et tandis qu’il arrêtait la voiture devant le camp, je sentie mon cœur s’emballer, je poussais la porte et descendis lentement, les yeux fixés sur la tente principale qui avait remplacée celle qui avait brûlé, qui nous avait emprisonné dans ses cendres et au sol il n’y avait plus de sang, il semblait immaculé jusqu'à la prochaine méprise, jusqu'à la prochaine mort et j’emportais mon sac sur mes épaules, remerciais l’inconnu et poussait le battant, reconnaissant le bruissement du tissue sur le sol poussiéreux, ce bruissement qui avait transformé mes cauchemars en bûché.

Et je les regardais s’activer, hurler des ordres alentours, changer les pansements et la scène ne ressemblait plus à mes songes maudits ; je ne voyais plus les intrus pénétrer la tente ; je ne les voyais plus détruire nos vies et mettre fin au souffle de Pacey ; il n’y avait rien d’autre que le silence de mes souvenirs ; les voix dans ma tête ne venaient plus au monde ; rien ne pouvait faire trembler mes mains ; rien ne pouvait torturer mon cœur, je me sentais étrangement sereine, étrangement accompagnée dans mon périple, comme si il continuait à tenir ma main où que j’aille, comme si il continuait à jouer de sa présence dans ma vie jusqu'à là fin, éternité étonnante qui me donnait la force de refermer le battant et de retrouver ma danse…

 

FIN

 

Classement : 2ème place
Auteur : Nanouee
Note : 15.30

Commentaires du jury

Brathan576: Quelle fiction! Une véritable immersion dans le monde bouleversé de Joey! Les larmes me sont montées aux yeux. Je ressentais cette incompréhension, cette douleur, cette colère, tout. J'étais Joey! C'est absolument magnifique. Tout y est, les émotions, l'action. La présentation est fluide, le style est concret et très bien travaillé. Les mots sont choisis avec un parfaite justesse. Parfait!  C'est un chef d'œuvre. Un grand bravo! 

Kystis :  C’est vraiment une belle histoire, bien décrite. C’est juste que Joey médecin ce n’est pas crédible, journaliste oui mais pas médecin, ce n’est vraiment pas le style à soigner les gens, elle ne supporte pas les gens souffrir, malade, ça lui fait penser à sa mère. Pacey faisant la guerre, j’ai du mal à me l’imaginer, certes il bagarreur, mais de là à le voir soldat tuant des gens, ça me semble bizarre. C’est un peu hors contexte de la série Dawson. Bon respect des caractères des personnages. Mais la fiction est vraiment très éloignée de la série.

ArgoE : Le début est saisissant. Le temps est bien calé et les personnages complètement intégrés.  On mesure la force de chaque mot, de chaque parole de l’auteur. Les douleurs sont ressenties comme si on y était. L’ambiance est envahissante de bon sens et de vraisemblables faits atroces. On lit et vit à travers des crimes de guerre parfaitement déconcertant. Un récit très sombre, nous plongeant dans une surface noire et funeste. On ressort de là blême. Cela peut être pris comme un point positif mais aussi comme un point négatif. Oui il est clair que le lecteur doit être immergé dans l’histoire et c’est le cas pour moi quand je lis à cet instant, en revanche, je ne serai dire dans quel état me met tout cet attirail de froideur et de solitude…. Lorsque Dawson rentre en scène on a une bouffée d’oxygène, un dialogue est enfin agréablement le bienvenu.  Mais c’est du rapide… Joey était pourtant partie dans une phase quasi irrémédiable, et par un instinct presque trop facile, elle suit le méandre proposé par son ami… un peu déçu oui. Malgré un profond respect pour l’écriture de ce texte, je me suis vu planer vers le milieu, ça m’a crée un effet soporifique… attention ne pas voir là le sens péjoratif ;) juste que lorsqu’on décrit des scènes, des émotions, des relations avec autrui, ne pas se laisser aller à de trop grands descriptifs de tout ça. Même si quelques grands auteurs se permettent de le faire, ça ne reste pas là une chose très agréable que de se perdre au milieu de détail redondant.

Mais de grandes félicitations au rédacteur ;)

Charisma :

- Chronologie et passé des personnages sans aucun rapport avec la série (d'où ma note sur le respect des règles du concours)

- Description des états d'âmes rébarbatives, lourdes et pompeuses.

- Ponctuation anarchique.

- Bon début mais finalement, beaucoup de pages pour une histoire somme toute simpliste.

Ecrit par kystis 
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Sonmi451 (14:25)

t'es en week end je suppose.

stanary (14:25)

Non je crois que c'est surtout moi qui n'oublie jamais. Et oui je suis en week-end, mon seul moment de repos

Sonmi451 (14:27)

Profites bien.

Sonmi451 (14:27)

Tu bosses dans quoi?

Sonmi451 (14:27)

(oui je fais ma curieuse^^)

stanary (14:28)

Ah mais je suis encore trop jeune pour bosser. J'aime bien les curieuses vu que j'en suis une donc tu vois....

Sonmi451 (14:30)

Oh mais tu fais bien des études?

stanary (14:31)

Oui par contre je fais bien des études t'inquiète pas

Sonmi451 (14:31)

Alors c'est tu bosses mais c'est pas rémunéré.

Sonmi451 (14:32)

et donc des études de quoi? ^^

stanary (14:32)

Oui j'avais pas vu ça comme ça mais t'as raison.... c'est nul !

Sonmi451 (14:33)

j'ai toujours raison même quand j'ai tord

stanary (14:37)

Oui c'est bien d'espérer...

stanary (14:37)

Sonmi451 (14:38)

Merci. lol

Sonmi451 (14:38)

L'espoir fait vivre comme on dit. ^^

stanary (14:39)

Oui c'est ce qu'on dit ! Alors et toi dis moi tu travailles dans quoi ?

Sonmi451 (14:41)

Moi je suis assistante maternelle mais en ce moment en congé parental.

stanary (14:43)

Ah bah alors ça va veut dire que t'aimes beaucoup les enfants hein ! Mais j'aime bien ça ...

Sonmi451 (14:44)

Tout à fait.

stanary (14:45)

Alors dis moi, tu fais quoi de beau ?

Sonmi451 (14:47)

Là en ce moment, je m'occupe de la migration des épisodes de Friends pendant que mes oreilles sont en train d'écouter si bébé dort toujours. Et puis mes yeux regardent de temps en temps, vers la fenetre pour voir si le grand arrive avec son papa. ^^

Sonmi451 (14:47)

Et toi?

stanary (14:49)

La migration ?
Bon pour moi faut pas chercher hein. Je n'ai pas de vie donc je suis chez moi entrain de ne rien faire si ce n'est lire

Sonmi451 (14:49)

Et en parlant du loup, il sort du bois. Mon grand vient d'arriver.

stanary (14:51)

Eh bah il est autonome ce grand !

Sonmi451 (14:51)

La migration c'est le passage d'un guide épisode à un autre guide, soit de l'ancien au nouveau.

Sonmi451 (14:52)

Je vais devoir te laisser. Il est autonome oui d'une certaine façon, mais il a encore "que" 5 ans.

Sonmi451 (14:52)

A bientôt peut être.

stanary (14:56)

A bientôt

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